L’Oeuf : développement communautaire audacieux

Le terrain qui a longtemps hébergé des garages de la voirie de la ville de Montréal, angle Rosemont et Saint-Denis, suscite l’intérêt des acteurs du milieu communautaire depuis une vingtaine d’années. Récemment, une partie a été cédée pour la réalisation d’un complexe d’habitation communautaire audacieux.

Le projet géré par le groupe de ressources techniques (GRT) Bâtir son quartier est conçu par la firme d’architecture  L’ŒUF et leurs partenaires professionnels (NIP, Vinci, PMA et CPF).

Dès le départ, il était important pour les intervenants de concevoir des habitations confortables, vertes et novatrices, avec une signature architecturale marquée, dans un arrondissement (Rosemont-Petite-patrie) où le développement communautaire est moins fréquent. D’autre part, le complexe devait répondre à des types de clientèles variés. Ainsi, il a été décidé de construire une coopérative d’habitation de 95 unités, Coteau vert, pour répondre aux besoins des familles nombreuses et l’OBNL Un toit pour tous, comptant 60 unités, pour répondre à ceux des familles monoparentales et des personnes seules.  Pour L’ŒUF, l’architecture contemporaine et actuelle se doit d’être «  inspirante et accessible à tous les milieux et toutes les échelles. »  Les budgets les plus restreints nécessitent des efforts de conception, mais leurs réalisations sont des agents de promotion concrète pour les Villes et les groupes promoteurs.

Une démarche originale

Pour maximiser le potentiel créatif, une charrette de conception intégrée a été organisée en début de projet, laquelle a permis de déterminer les stratégies à préconiser dans le développement des bâtiments. Ainsi, Coteau vert et Un toit pour tous se démarquent par l’utilisation qu’ils font des énergies renouvelables comme la géothermie et par le souci écoénergétique qui caractérise le choix des matériaux utilisés. Plus encore, chaque élément a été choisi en fonction de son efficacité et de son rendement, même si cela a impliqué de brancher les bâtiments à la fois sur les réseaux de Gaz Métro et d’Hydro-Québec. « Nos choix reflètent notre désir d’optimiser le rendement énergétique de nos installations et de maximiser le confort des résidents », expliquent les concepteurs.

D’autre part, les concepteurs ont choisi de construire des bâtiments évolutifs. Autrement dit, les bâtiments ont été construits de façon à pouvoir être améliorés facilement pour intégrer de nouvelles technologies vertes. La structure, par exemple, a été entièrement renforcée de façon à pouvoir supporter un toit vert, des panneaux solaires et/ou des cellules photovoltaïques. De même, les conduits de ventilation ont été volontairement surdimensionnés et les raccords électriques ont été conçus de façon à pouvoir être modifiés dans l’avenir, afin de répondre à une demande accrue des besoins en géothermie et ventilation. Finalement, il a été décidé d’installer un chauffe-eau centralisé dans chacun des bâtiments plutôt que des appareils individuels pour qu’il soit  plus facile d’effectuer les changements électriques dans le futur.

Outre l’approche marquée des projets à forte conscience environnementale et forts d’une longue expérience en logements communautaires, les concepteurs de L’ŒUF ont pris soin d’assurer que l’aspect d’aménagement intérieur des espaces répondent aux volontés des intervenants par des mesures particulières tel que l’intégration de commandes sur les mobiliers et « espaces semi-publics ».  L’esthétisme des bâtiments assure un signal important à l’identité des groupes par des détails de conception soignés et particuliers.

Un espace vert de grande taille et une stratégie de transport efficace

La coopérative Coteau vert est un bâtiment en «U» de trois étages et demi. Les logements sont traversants et bénéficient tous d’une ventilation naturelle. L’OBNL Un toit pour tous est, quant à lui, formé de trois bâtiments autonomes dans lesquels les logements sont placés de part et d’autre d’un corridor commun. Dans les deux cas, les bâtiments sont faits d’ossature en bois, avec un revêtement de brique local pour les élévations avant et de parement arrière en bois torréfié.

Du reste, l’ensemble immobilier forme une enclave intérieure ou prend naissance une grande cour semi-privée dont l’aménagement paysager a été pensé de façon à associer bassins de rétention, plantation dense d’espèces végétales indigènes et zones de circulation. Ce terrain important dans la conception du complexe et dans l’amélioration de la qualité de vie et l’appropriation par les résidents a été rendu possible grâce aux démarches entreprises auprès de l’arrondissement, suite aux efforts des groupes, du GRT BSQ et des professionnels. De fait, en se conformant au règlement municipal, il aurait fallu aménager 78 cases de stationnement sur le terrain entre les édifices. Pour éviter de perdre cet espace, les concepteurs ont fait valoir que, par la location du site, les résidents des bâtiments profitent d’un accès privilégié vers le réseau de la STM et sur la piste cyclable. En démontrant l’efficacité de ses moyens de transport alternatifs et en aménageant la cour de façon à favoriser la circulation à vélo, les concepteurs ont obtenu l’autorisation de ne créer que 12 cases de stationnement sur le site.

Pour réaliser l’ensemble du projet, les concepteurs ont dû lever plus de financement qu’à l’accoutumée. Ils ont, en outre, pu bénéficier d’une subvention de la Société d’habitation du Québec (SHQ) qui a créé, pour l’occasion, le programme « Projet novateur », sans oublier que les projets sont déposés pour l’obtention des normes Novoclimat de l’AEE.

Enfin, L’OEUF et Bâtir son quartier devront produire des rapports détaillés sur l’évolution du projet afin de quantifier les résultats des différentes mesures qu’ils ont adoptées, faisant de Coteau vert et de Un toit pour tous des « cas-écoles » pour le domaine du développement communautaire au Québec.

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*