Les femmes sont à l’honneur sur le chantier du campus MIL de l’Université de Montréal

Photo : Pierre St-Cyr

Ce texte a été fourni par l’Université de Montréal

Les trois femmes derrière le campus MIL

Le Complexe des sciences ouvrira ses portes en septembre sur le Campus MIL de l’Université de Montréal en réunissant les départements de chimie, de physique, de géographie et de sciences biologiques sur l’ancienne gare de triage Outremont. Cet investissement de 350 millions, actuellement le plus important chantier universitaire au pays, a plusieurs particularités, dont le fait que ses grandes têtes dirigeantes en architecture, en ingénierie de structure et en construction, sont des femmes. À l’occasion de la Journée internationale de la femme, nous vous les présentons.

 

Marie-Claude Houle, dirigeante de la firme de construction

« Un investissement en bâtiment de cette ampleur, c’est quelque chose qu’on voit rarement au Québec, alors c’est évident que par sa modernité et son prestige, le Complexe des sciences était un projet vraiment intéressant pour nous. D’autant plus que les pavillons universitaires sont l’une de nos forces, affirme Marie-Claude Houle, présidente de la firme de construction EBC qui compte 500 employés et qui peut embaucher jusqu’à 2000 personnes de plus sur les chantiers, selon ses projets.

L’entreprise, qui fait partie aussi du consortium qui construit le pont Samuel-De Champlain, a l’habitude des grands projets, mais le Complexe des sciences avait ses défis. Comme son échéancier serré.
« On avait moins de trois ans pour la construction, précise Mme Houle. Puis, il y avait énormément de systèmes électromécaniques à installer dans les laboratoires, donc c’était aussi un projet complexe au niveau des opérations, avec beaucoup de corps de métier d’impliqués qui devaient se succéder. »

Le tout, sous un leadership féminin.

« C’est la première fois que je travaille sur un projet où les bureaux d’architecture, d’ingénierie de structure et de construction sont dirigés par des femmes », mentionne celle qui voit de plus en plus de femmes arriver à la tête d’entreprises en construction au Québec.

En 1999, elle a repris l’entreprise familiale fondée il y a plus de 50 ans par son père et son oncle, Fernand et Germain Houle. «Mon père croyait que si on était travaillant, qu’on avait la bonne attitude et la bonne formation, alors on était digne de confiance, peu importe qu’on soit un homme ou une femme», affirme l’ingénieure civile détentrice d’un MBA. Ce qui ne l’a pas empêché de devoir gagner ses lettres de noblesse.
« En sortant de l’école de génie, surtout comme jeune fille qui n’avait pas d’expérience en construction, j’ai dû faire preuve d’une grande humilité, poser des questions, montrer que je voulais apprendre et que les projets me tenaient à cœur », se souvient celle qui est maintenant la patronne de ses deux frères cadets. Bien sûr, elle a entendu en début de carrière quelques commentaires désobligeants de gens de métiers peu enclins à prendre une femme au sérieux.
« Mais, il y a eu une évolution des mentalités, remarque-t-elle. Maintenant, les clients sont heureux de voir qu’il y a des femmes dans l’équipe parce qu’elles apportent de la diversité et bien souvent, de la rigueur. »

 

Anik Shooner, l’architecte principale du Complexe des sciences

De la Maison du développement durable à l’agrandissement du CHU Sainte-Justine, en passant par les condos YUL centre-ville, la Maison Manuvie et plusieurs pavillons universitaires, Anik Shooner, cofondatrice de la firme Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes, a réalisé une grande diversité de projets d’envergure. Mais, concevoir le campus MIL, un projet charnière pour son alma mater, avait ses particularités.

« Il fallait redévelopper un site et créer des liens entre trois secteurs isolés, Outremont, Parc-Extension et la ville de Mont-Royal. Alors ce projet prenait un sens social très important, notamment pour les enfants de Parc-Extension qui pourront côtoyer le campus universitaire », explique Anik Shooner, architecte diplômée de l’UdeM. Il y avait aussi une volonté de réunir quatre départements, soit chimie, physique, géographie et sciences biologiques.
« C’est en créant des liens qu’on favorise la créativité, précise Mme Shooner. D’où l’importance de mettre ces départements ensemble et de concevoir des espaces communs. »  Un élément clé du projet : la passerelle extérieure pour permettre aux gens de traverser les rails de chemin de fer pour atteindre la portion nord de la ville, où on trouve la station de métro Acadie.  « La passerelle extérieure sera accessible à tous, en tout temps, explique Anik Shooner. Nous voulions vraiment donner avec cette passerelle une impression de grande promenade urbaine. »

Il fallait aussi tenir compte d’une multitude de réalités, comme les besoins de chaque laboratoire, tout en respectant les critères de la certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design). Et bien sûr, en suivant un échéancier serré, en collaboration avec les autres intervenants du projet.
« La présence de femmes sur les chantiers, comme sur celui du Complexe des sciences, fait évoluer la dynamique et le désir de travailler ensemble respectueusement », précise l’architecte francophone qui a appris très jeune à diriger les réunions de chantier sur de grands projets à Toronto.  Si elle constate qu’il y a de plus en plus de femmes architectes, elle remarque que le défi demeure d’augmenter leur présence dans des postes de direction.
« Il faut aider les femmes à atteindre ces rôles, par exemple avec du mentorat, et je le dis souvent à mes collègues dans de grands bureaux d’architectes et d’ingénieurs, précise Mme Shooner. On ne peut pas seulement laisser aller les choses, parce que les jeunes femmes ont moins de modèles que les hommes. Avoir plus de femmes leaders dans ces grandes firmes sera un plus pour la société, à tous les niveaux. »

 

Hélène Brisebois, l’ingénieure principale du projet

Pour Hélène Brisebois, ingénieure en structure et présidente de la firme SDK et associés, l’un des grands défis du Complexe des sciences était de concevoir, à proximité de voies ferrées en activité, le squelette d’un bâtiment avec la fonction d’accueillir des laboratoires et des équipements de très haute précision et sensibles aux vibrations.
« Il fallait créer une structure capable de réagir adéquatement aux vibrations extérieures et dont le comportement n’affecterait pas l’utilisation des équipements », explique l’ingénieure en structure et présidente de la firme SDK et associés.

Dès son entrée chez SDK en 1987 comme ingénieure junior, Hélène Brisebois s’est vue confier des projets complexes comme le siège social de l’OACI construit au-dessus du tunnel Ville-Marie qui présente d’ailleurs des enjeux similaires au Complexe des sciences bâti au-dessus des stations de métro Outremont et Acadie.
C’est aussi au début de sa carrière, lors d’un projet de fin d’études qui réunissait des finissants de Polytechnique et de l’École d’architecture de l’UdeM, qu’Hélène Brisebois a fait la rencontre d’Anik Shooner. Depuis, elles travaillent régulièrement ensemble sur des projets.

D’ailleurs le projet est réalisé selon un mode collaboratif qui permet aux architectes, aux ingénieurs et aux constructeurs de travailler sur la même plateforme de modélisation des données du bâtiment. La méthode facilite la coordination des équipes pour répondre aux défis de construction.

Même si la situation tend à s’améliorer, les femmes ingénieures en structure sont peu nombreuses. « Et parmi elles, il y en a encore peu qui choisissent le génie-conseil, même si c’est passionnant! », s’exclame celle qui est arrivée à embaucher quatre filles pour 30 gars parmi les ingénieurs de SDK.
Hélène Brisebois affirme pourtant ne pas avoir eu de difficulté à faire sa place dans la profession. « Mais, c’est certain qu’il faut faire ses preuves comme ingénieur junior, qu’on soit un homme ou une femme… même s’il y en a peut être un peu plus à faire lorsqu’on est une femme! »

Les années passent, mais Hélène Brisebois a toujours la même passion pour son travail, où chaque nouveau projet apporte son lot d’enthousiasme.
« Au Complexe des sciences du campus MIL, les éléments de structure sont pratiquement tous terminés, alors j’ai très hâte maintenant que le site prenne vie. C’est vraiment formidable de voir les gens habiter une construction qu’on a pensée dans son bureau. »

Texte écrit par Martine Letarte


Concrètement, les femmes représentent près de 3 % des travailleurs sur le chantier, tandis que le bureau administratif de chantier du constructeur est quant à lui paritaire.

 

Le campus MIL

Bien plus qu’un simple complexe universitaire, le campus MIL se distingue par son approche intégrée encourageant l’abolition des frontières entre l’Université et la ville, la multiplication des points de passage vers les quartiers environnants et l’interaction avec les organismes communautaires, les entreprises et les citoyens.

MIL évoque le « milieu », en référence à l’emplacement du site au centre de l’île de Montréal et au croisement de quatre arrondissements et d’une ville : Outremont, Le Plateau-Mont-Royal, Rosemont Petite-Patrie, Villeray-St-Michel-Parc-Extension et la ville de Mont-Royal.

 

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