Le projet <  : Jean Verville architecte

Envoûtant, mais surtout ingénieux, le projet <  illustre avec éloquence la contribution fertile et perspicace résultant d’une grande connivence entre l’architecte Jean Verville et ses clients.

La réhabilitation de cet « A-frame » témoigne de la méthode de l’architecte qui, se rapprochant de l’essence du quotidien de ses clients, les entraîne à scruter leurs habitudes et leurs réels besoins familiaux afin de surpasser leurs propres limites.

Avec <  Jean Verville poursuit ses réflexions sur les espaces domestiques compacts transgressant la normalisation. Mettant au défi l’hypothèse initiale du manque de superficie, l’architecte opte plutôt pour la soustraction d’aires de plancher au profit d’une qualité spatiale. À la fois comprimée et fragmentée, stratifiée et dégagée, la superficie habitable passe de 950p2 à 690p2 (88 m2 à 64 m2) en exploitant avec intensité la densification des espaces.

De nature graphique, le vocabulaire de < résulte en une poésie trigonométrique jonglant avec la figure emblématique triangulaire de la charpente en A, et exprimant les formes géométriques afin d’offrir une impulsion interne au projet, tout en conservant une signature d’un minimalisme assumé. La force se dégageant de la proposition impose des images triomphantes de la réalité pour nous propulser dans un territoire infini, celui de l’imagination.

Le chalet, construit dans les années 60 sur un site enchanteur des Laurentides, présente la forme caractéristique d’une construction à charpente en A. Une fois l’intérieur démoli et la structure entièrement dégagée, l’architecte exploite la forme structurale triangulaire rejetant la monotonie d’une organisation spatiale préétablie pour élaborer un nouvel agencement procurant un sentiment propice à la détente pour ce repaire familial à l’écart de la frénésie urbaine.

De ces choix origine un plan rythmique se traduisant par un conditionnement spatial compact qui confère à la réhabilitation un équilibre et une cohérence offrant beaucoup plus en qualité que ce qu’il perd en quantité.

L’espace de vie ouvert sur la nature jouxte un coin cuisine compact profitant du dégagement de l’escalier comme de la double hauteur de la structure. Espiègle et pétillante, la tanière des fillettes propose une immense plateforme de rangement sous les lits, toujours prête à accueillir les divertissements comme les copines, doublée d’un coin lecture niché dans une alcôve triangulaire. Cette pièce toute de bois vêtue révèle un lieu fascinant entièrement dévoué aux jeux enfantins à l’écart des espaces de vie du rez-de-chaussée.

S’amusant ingénieusement avec les jeux d’échelle, Verville réussit à augmenter la perception de profondeur visuelle en exploitant les limites comme les ouvertures pour tirer admirablement parti de la densité de cet espace. Une fenêtre positionnée au sol de la chambre principale augmente la luminosité du coin cuisine situé en contrebas tout en offrant, depuis le lit, une vue sur le lac optimisant les perspectives sur la nature environnante.

Permutant sa réflexion mathématique à l’extérieur, l’architecte redessine un ensemble volumétrique graphique unifié par le noir. Les soustractions appliquées aux quatre élévations percent de nouvelles ouvertures pointant tantôt le lac, tantôt le ciel, pour mieux raconter le paysage.

 

Jean Verville architecte

Jouissant d’une importante diffusion internationale et récipiendaire de nombreux prix, dont en 2017 un Prix d’excellence de l’ordre des architectes du Québec et un prix international AZ Award, l’architecte Jean Verville réalise des portraits intimistes illustrant les personnalités de leurs occupants comme leurs étroites collaborations avec le concepteur. L’architecte infiltre ses projets avec des propositions photographiques intrigantes où la présence d’un personnage symbolique propose une nouvelle modalité d’appréciation de l’architecture. Jean Verville  présente une production diversifiée en architecture, installation et scénographie.

L’architecte s’intéresse aux possibilités d’hybridation entre les arts et l’architecture ainsi qu’à leur impact sur le processus de création architecturale.

Une série de séjours de recherche au Japon, axée sur les « Art House Projects », l’amène à une réflexion sur l’expérience artistique en architecture qu’il poursuit dans le cadre d’un doctorat en arts à l’UQAM comme dans sa pratique architecturale. Depuis 2016, l’architecte ajoute l’enseignement universitaire en design et architecture à sa pratique expérimentale et à ses recherches doctorales.

Source : v2com

 

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