« Pierre grise : Des outils pour comprendre la ville.»

Le CCA présente « Pierre grise : Des outils pour comprendre la ville.»

Jusqu’au 4 mars 2018, le Centre Canadien d’Architecture (CCA) présente Pierre grise : Des outils pour comprendre la ville, une exposition qui révèle le profond attachement de Phyllis Lambert aux édifices de pierres grises. Ce dernier a donné lieu à un vaste projet de recherche amorcé par elle il y a plus de quarante ans. Il s’agit d’une étude en profondeur de l’histoire de ces bâtiments depuis le XVIIe jusqu’au début du XXe siècle. À travers la série photographique Greystone, elle révèle le rôle des facteurs géologiques, topographiques, politiques, économiques, culturels et ethniques sur l’évolution de la ville à travers les siècles.

Mission photographique

Conçue comme une mission photographique que Phyllis Lambert a menée aux côtés du Britannique Richard Pare à travers les quartiers de Montréal entre 1973 et 1974, cette série de photographies révèle la relation entre la croissance urbaine, les expressions architecturales et les individus. Phyllis Lambert explique que cette mission, qui est une démarche de recherche, axée sur le visuel à l’origine, deviendra « un catalyseur des préoccupations croissantes entourant la conservation du patrimoine de la ville.

Pierre grise : Des outils pour comprendre la ville

Les bâtiments de pierre grise créent un sens unificateur à travers l’île de Montréal. »  Cette exposition est aussi l’occasion pour elle de se remémorer l’ampleur du projet : « Tôt le matin, nous pataugions dans la neige pour aller photographier les quartiers présentés dans cette exposition : le Vieux-Montréal et les faubourgs originaux situés directement au nord de celui-ci, ainsi que d’autres faubourgs et quartiers périphériques sur l’île de Montréal, tels que cartographiés en 1890. »

Le choix d’analyser le tissu urbain au travers d’un unique matériau de construction permet paradoxalement d’aborder un large éventail de sujets. Utilisée à l’origine pour des raisons purement fonctionnelles, la pierre calcaire grise a occupé une place essentielle au début de la colonie, en offrant une protection aux bâtiments contre les attaques, le feu et le froid. Au XIXe, ils sont passés d’une fonction pragmatique à un rôle symbolique à travers des transformations matérielles successives, qui reflètent l’épanouissement de la politique, du commerce, l’identité culturelle, la société et les ambitions humaines. « Cette approche serait moins fructueuse dans des villes comme Paris ou Jérusalem, où tous les bâtiments présentent des parements en pierre locale. Cependant, comme Montréal comprend la plus grande concentration de bâtiments de pierre en Amérique du Nord, une telle analyse est révélatrice », souligne Phyllis Lambert.

« Les photographies sont les protagonistes de cette exposition. » En noir et blanc, elles sont mises à l’honneur et complétées par des cartes murales, essentielles à la compréhension de la ville en ce qui a trait à sa topographie, aux dates de construction et à l’identité des architectes, propriétaires et occupants des bâtiments à l’époque de leur construction. Ces cartes renseignent sur le Vieux-Montréal et trois quartiers centraux — les anciens faubourgs Saint-Laurent, Saint-Louis et Saint-Jacques qui ont formé durant deux siècles le cœur du Montréal francophone. Parmi les sources de recherche figurent des atlas des assureurs, des cartes historiques de la ville, des plans cadastraux.

Cette recherche menée et présentée dans cette exposition permet de construire une histoire sociale du changement urbain. Pierre grise : Des outils pour comprendre la ville figure parmi les nombreux projets que Phyllis Lambert a consacrés au patrimoine, dans un contexte de recherche et de muséologie. Dans le milieu des années 70, le projet initial avait été mené par le Groupe de recherche sur les bâtiments en pierre grise de Montréal, à l’initiative et sous la direction de Phyllis Lambert, avant même qu’un programme de recherche archivistique sur l’architecture de la ville soit mis en place. Par la suite, le Groupe de recherche sur Montréal fut établi par Mme Lambert au CCA, qui est à l’origine d’une importante banque de données sur la propriété et le bâti à Montréal au début de la colonie, travail qui a mené, avec la collaboration d’Alan Stewart, à une exposition et à une publication du CCA intitulées Montréal, ville fortifiée du XVIIIe siècle (1992 — 1993) dont Phyllis Lambert fut le commissaire. Elle a également été l’instigatrice de l’exposition et de la parution de l’ouvrage éponyme Montréal métropole, 1880-1930 (1998) portant sur la période durant laquelle Montréal est passée d’une cité marchande du XIXe siècle à la métropole du Canada.

Phyllis Lambert

Phyllis Lambert (née en 1927, à Montréal) est architecte, auteure, chercheuse et militante. Elle est directeur fondateur émérite du Centre Canadien d’Architecture (CCA) qu’elle a fondé à Montréal, en 1979.

Mme Lambert a marqué l’histoire de l’architecture alors qu’elle était directeur de la planification du Seagram Building à New York (1954 à 1958). Très active dans l’avancement de l’architecture contemporaine et dans la conservation du patrimoine en tenant compte des enjeux sociaux, Phyllis Lambert a fondé Héritage Montréal en 1975. En 1979, elle a joué un rôle déterminant dans la création de la Société d’amélioration de Milton-Parc, le plus important projet de rénovation de coopératives d’habitation au Canada. En 1996, elle a créé le Fonds d’Investissement de Montréal (FIM), le seul fonds d’investissement privé du pays qui participe à la revitalisation de quartiers à revenus faibles ou moyens. Pendant 23 ans, Mme Lambert a été membre du conseil d’administration de la Société du Vieux-Port, où elle a fait de la consultation publique un instrument de planification. À l’origine d’une table ronde en 2005, qui fut le point de départ de la revitalisation du centre-ville Ouest de Montréal, Mme Lambert, fidèle à ses convictions, a continué de façonner la ville en présidant l’Institut de politiques alternatives de Montréal (IPAM), de 2009 à 2014. Lors de la Biennale d’architecture de Venise en 2014, Phyllis Lambert s’est vu décerner le Lion d’or d’honneur couronnant l’œuvre d’une vie, récompensant son engagement tenace pour la mise en valeur du rôle de l’architecture dans la sphère publique, de l’édifice Seagram à New York au projet du CCA. En 2016, la fondation Wolf d’Israël a remis à Mme Lambert le prix Wolf en art pour ses 60 ans de militantisme et d’innovation dans la conception architecturale et la préservation des bâtiments patrimoniaux, autant de décennies passées à redynamiser la profession d’architecte et la recherche en architecture, et à y insuffler le questionnement intellectuel et la critique politique. L’an dernier, elle a aussi reçu l’Arnold W. Brunner Memorial Prize 2016 de l’Académie américaine des arts et lettres de New York.

Richard Pare

Richard Pare (né en 1948, Angleterre) a étudié la photographie et le graphisme à Winchester au College des Arts de Ravensbourne, avant de déménager aux États-Unis en 1971. En 1973, il est diplômé de la School of the Art Institute of Chicago et depuis, il a exercé comme photographe, avec une prédilection pour l’architecture. Son projet actuel est une étude sur toute l’œuvre bâtie de Le Corbusier. En 1996, il a publié un ouvrage sur Tadao Ando, The Colors of Light, qui a reçu le prix monographie AIA. Il a été conservateur de la collection photographique Seagram de 1974 à 1985 et le conservateur fondateur de la Collection de photographies du Centre Canadien d’Architecture au moment de sa création en 1974 et jusqu’en 1989. Ses œuvres ont été largement exposées et il est représenté dans plusieurs des grandes collections publiques de photographie. Ses nombreuses expositions et publications phares comprennent Court House : A Photographic Document (1978) Photographie et architecture : 1839-1939 (1982), consacrée à la Collection du CCA et The Lost Vanguard : Russian Modernist Architecture 1922–1932.

Le CCA

Le CCA est un centre international de recherche et un musée fondé par Phyllis Lambert en 1979 avec la conviction que l’architecture est d’intérêt public. Fort de ses vastes collections, le CCA est un chef de file dans l’avancement du savoir, de la connaissance et de l’enrichissement des idées et des débats sur l’architecture, son histoire, sa théorie, sa pratique, ainsi que son rôle dans la société.

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